PLATUTUDE MUNICIPALE
Comme on pouvait s'y attendre, la malencontreuse menace qui terminait la pétition des cinq eut un effet négatif: non seulement les autorités locales ne firent rien mais
Jousseaume ayant écrit au ministre des Travaux Publics, celui-ci répondit que le port de Soubise était sans importance. Ce qui fit sur les édiles locaux l'effet d'une douche froide.
Pourtant,le 15 août précédant, il s'était réuni, presque spontanément, avec "les Autorités constituées et les employés des différentes administrations de la commune, pour
célébrer la fête nationale de ce jour. Aprés s'être rendus en corps pour entendre le Te Deum chanté pour cette solennité qui rappelle un nom identifié avec l'honneur, le génie, la gloire....."
Vous pensez peut-être qu'il s'agit de la Vierge Marie ?...Ecoutez plutôt : "tous se sont retirés au cri répété de Vive Napoléon" . Le 15 Août est bien la fête de l'Assomption, mais en cas
d'Empire, c'est aussi la Saint Napoléon.
En l'absence de Jousseaume, le Conseil Municipal (9 mai 1853) "déclare qu'il a été toujours étranger aux démarches individuelles qu'à pu faire le sieur Jouseaume à cette
occasion", et il prie " instamment M. le Préfet d'agréer l'hommage de ses respects", etc.
A quelle platitude une assemblée élue ne peut-elle s'abaisser ! Le bien public est peut-être une excuse.
Quelques mois plus tard, Le Conseil Municipal, a l'unanimité moins un, mais on ne dit pas qui, demande l'autorisation de poursuivre en justice M. Roy-Bry, banquier à
Rochefort, " ou tout autre qu'il appartiendra". Enfin un nom !
Autorisé aussitôt, Le Conseil Municipal attend six mois pour décider "tout en maintenant le droit de la commune d'ajourner les poursuites à autres temps " (4 mai
1854).
Mais Jousseaume ne désarme pas: devant la carence du Conseil Municipal, il décide de poursuivre Roy-Bry à titre privé, comme la loi l'y autorise, en tant que contribuable
de la commune. Consulté par le préfet, Le Conseil Municipal, qui ne risque rien, ne s'y oppose pas (26 novembre 1854).
Une telle tenacité méritait sa récompense : le 11 mai 1856, "le Conseil Municipal remercie M. Jousseaume des soins et sacrifices qu'il s'est imposé pour parvenir à
une transaction entre les parties pour la destruction d'un acqueduc" .
Trois ans plus tard, Isaac Jousseaume mourait. Il léguait aux pauvres de la commune la somme de 500 francs ( à peu prés le salaire annuel de l'instituteur).
C'est à lui que revient finalement le beau geste qui servira de conclusion provisoire à ces histoires.
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